couv53825645

"La jeune fille d'un pêcheur de Java a été demandée en mariage par un aristocrate local, fasciné par sa grande beauté. Elle a quatorze ans et, dans cette Java féodale du début du vingtième siècle, elle n'a guère le choix. Ce mariage arrangé la fait passer sans transition d'une vie certes pauvre et rude, mais libre et naturelle, à une existence cloîtrée, dans la vaste demeure ceinte de murs de son époux. La jeune fille est intimidée et malheureuse, mais doit très vite s'adapter au langage et aux usages de sa nouvelle vie. Grâce à une vieille servante, elle apprend à se comporter en maîtresse de maison, à se maquiller, à se purifier et à prier. Toutefois, elle ne se doute pas encore que son destin basculera cruellement quelque temps plus tard... Gadis Pantai est le récit d'une vie volée. D'une grande simplicité et d'une grande force, l'évocation de cette jeune fille abusée, de ce personnage de femme inoubliable, luttant pour rester libre jusqu'au bout, mais sans parvenir à maîtriser son destin, confirme la puissance narrative du romancier indonésien."

 

 

Pramoedya Ananta Toer est probablement l'auteur indonésien le plus connu en France, et il est très doué pour retranscrire le quotidien de son pays. Ce roman a été un des premiers que j'ai lu pour découvrir d'autres littératures, et il m'a beaucoup touché. La destinée de cette fille de pêcheur repérée et réclamée à ses parents par un homme riche et influent, la façon dont elle est traitée alors qu'elle est encore une enfant, le système de caste et la misère qui existent dans ce pays, tout m'a marqué à travers cette lecture.

 

Gadis Pantai signifie " la fille du rivage " en indonésien, et c'est le seul nom qui est donné à la jeune fille durant tout le roman. Une partie de l'histoire se passe au village de pêcheurs, dans une misère crasse où la survie tient essentiellement à la pêche du jour, où la vie est très difficile et le travail dangereux, mais où l'entraide et l'esprit de communauté sont à la base de tout. L'autre partie se passe au sein du palais du Bendoro, le mari de Gadis Pantai, où la solitude est omniprésente et où la spontanéité, le rire et la joie sont jugés déplacés, trop vulgaires pour une femme riche, dont le seul rôle doit être d'obéir à son seigneur et de tenir son nouveau rang. Toutefois, à cause de ses origines, elle sera sans cesse méprisée et malmenée, son innocence utilisée contre elle pour lui faire regretter d'avoir attiré l'attention d'un homme dont elle ne voulait pourtant pas.

 

Ce roman n'est pas tendre, mais il est bouleversant et mérite le détour. L'écriture de l'auteur nous donne à certains passages une impression d'étouffement, le même que ressent l'enfant dans ce lieu où elle ne trouve pas sa place, elle qui aime courir, jouer dans l'eau et rire. L'auteur ne cherche pas à nous tirer les larmes, il raconte une histoire avec douceur et poésie, car le sujet en lui-même suffit à être émouvant et n'a besoin de rien de plus qu'une belle plume pour la magnifier. Cette enfant qu'on force à devenir femme trop tôt m'a marquée, et j'espère que vous aurez aussi l'occasion de la rencontrer.