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"Il était une fois, dans les ruines d’un pays déchiré par la guerre et la terreur, des assassins transformés en artistes, et leurs victimes en œuvres d’art ; des soldats morts écrivant des romans d’outre-tombe ; des lapins pondant des œufs ; un sourire refusant de s’effacer d’un visage ; des couteaux disparaissant par magie ; des fantômes et des djinns ; des hommes cherchant par tous les moyens à fuir, sur les routes de l’exil ou de l’asile, l’effroi d’une existence tout entière régie par le théâtre de l’absurde et de la cruauté.

Les quinze nouvelles qui composent ce recueil déploient un univers d’une violence inouïe et d’une rare noirceur – illuminé cependant par l’enchantement de la poésie, de l’humour et de l’imagination. Entre le rire et la rage, l’insoutenable et le merveilleux, le trivial et le sublime, Cadavre Expo nous fait visiter le musée des horreurs de notre inhumanité quotidienne. Mais Hassan Blasim transcende l’atrocité pour nous offrir le tableau d’un monde carnavalesque singulièrement vivant."

 

 

Connaissant peu de choses sur l'Irak, à part à travers les échos de guerres, j'étais assez intriguée par ce pays. J'ai aussi beaucoup aimé le résumé et la couverture, qui nous promettent quelque chose de marquant et de sombre, ce que j'aime assez lire de temps en temps. En plus, je trouve que les nouvelles sont idéales pour découvrir un pays et une culture, car elles permettent de découvrir pleins de facettes différentes de cet univers. Le style de l'auteur est surprenant mais sublime, et je l'ai trouvé très fluide malgré la dureté de certains passages.


Je n'ai pas été déçue avec ce recueil, il m'a tenue en haleine et m'a bouleversée. Comme souvent avec les nouvelles, certaines m'ont plus touchées que d'autres, mais elles sont d'une qualité assez égale et vous aspirent dans leur monde sans difficulté. Ces nouvelles n'ont aucun lien les unes avec les autres, mais elles ont toutes en commun l'image de la violence ordinaire qu'elles projettent comme une peine inévitable dans ce pays ruiné par la guerre.

Si vous êtes sensible, allez y quand même, car ce récit est tout simplement vrai et je trouve qu'il est important de savoir ce qui se passe dans d'autres parties du globe. Mais allez-y en étant prévenus : ces histoires sont dures et assez pessimistes. On y découvre un pays ravagé où l'ordre moral est un vague souvenir, et où être "quelqu'un de bien" fait de vous une cible. Mafias, attentats, meurtres gratuits, enlèvements, tortures peuplent ces pages, et reflètent la réalité d'un pays qui s'effondre.

Toutefois cet hyper-réalisme, violent et brutal, est compensé dans ces textes par des éléments fantastiques, incompréhensibles, toujours à deux doigts de l'absurde ou de l'incroyable. L'auteur mêle à ses récits une petite touche kafkaïenne, comme pour pointer du doigt l'absurdité de ces situations et l'inéluctabilité d'une fin tragique. On y retrouve également un petit goût de conte oriental.



En bref, ces nouvelles sont sombres et violentes, avec parfois une touche décalée pour faire ressotir l'absurdité de ces situations pourtant bien inspirées du réel. Si vous voulez vous frotter à la dure réalité de la vie quotidienne dans un pays détruit par la guerre et les conflits internes, ce recueil est incontournable, et je vous le recommande.