Ce livre m'a été envoyé dans le cadre d'un partenariat avec l'éditeur Folio et le site Livraddict, je tiens à les remercier de leur confiance et de cette excellente lecture !

 

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«J’ai voulu l’oublier cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue.» 

"Annie Ernaux replonge dans l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S dans l’Orne. Nuit dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur son existence durant deux années. S’appuyant sur des images indélébiles de sa mémoire, des photos et des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu’elle a été dans un va-et-vient entre hier et aujourd’hui."







Ayant déjà lu le roman "La place" d'Annie Ernaux, j'étais assez curieuse de me replonger dans son univers. Ma lecture datant d'il y a une dizaine d'années, je n'en conservais pas grand chose à part le souvenir d'une belle plume et de réflexions qui m'avaient touchées sur la mémoire et les relations familiales. Dès les premières lignes, j'ai retrouvé ce qui m'avait plu dans son style alors que j'étais encore au lycée, comme une sorte de madeleine de Proust. J'ai lu le roman quasiment d'une traite, et j'en suis ressortie plutôt enchantée de ma lecture !



Annie Ernaux, dans ses romans, parle d'elle, de ses souvenirs, et ses romans sont comme une sorte de catharsis de ce qui l'a marquée dans son passé, comme si elle avait le besoin d'écrire pour pouvoir s'en libérer. Ce genre de roman ne plaît pas à tout le monde, et j'évite personnellement certains auteurs à cause de cela. Mais je trouve chez elle un écho particulier qui me tient en haleine, je m'y retrouve un peu.



A travers ce roman, ce n'est pas seulement une tranche de 2 ans de sa vie qu'elle nous offre, mais réellement une image d'une époque, une reconstitution de ce qui n'est pas si loin et que nous avons pourtant du mal à imaginer tellement cela paraît improbable. Une époque où il était rare de trouver dans les maisons "du peuple" une baignoire, un frigo, un lave-linge ou une voiture. Ces objets de notre quotidien étaient une marque de richesse, de réussite sociale. Aller au ciné était une sortie d'exception et voyager au-delà de son patelin semblait une aventure extraordinaire...

La description de cette période qu'on trouve dans le roman me fascine, d'autant qu'on y trouve également la façon de penser d'une jeune fille à cette époque, dans ce contexte. L'auteure, sans honte, nous livre des passages de lettres, de notes prises dans un petit carnet "secret", et s'expose réellement dans son récit en ne cherchant pas à cacher les choses. Je trouve admirable la façon dont ele écrit, cela nous permet une plongée totale dans une fragment de l'histoire, non pas raconté par un être omniscient, mais à travers le regard réel d'une jeune fille, dont on ne cherche pas à masquer les faiblesses et les erreurs.



Il y a aussi une réflexion intéressante sur la construction de soi au moment de la fameuse transition, celle où l'on arrête d'être enfant et où l'on commence à se construire en tant qu'adulte, sans vraiment savoir où l'on va. En effet l'auteure commence le récit juste avant ses 18 ans, alors qu'elle quitte pour la première fois la maison familiale et "découvre la vie", enfin, dans toute son innocence et son envie de vivre, d'expérimenter.



En bref, une très bonne lecture, qui nous plonge dans la reconstitution d'une époque, et dans la vie d'une jeune fille autour des années 60, partagée entre récit et réflexions sur la construction de soi et sur la transition vers l'âge adulte.